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Relire Turner à l’ombre de l’esclavage

Un nouvel essai de l’historien de l’art Sam Smiles revient sur J. M. W. Turner et sur ce que son œuvre dit, ou ne dit pas, de la traite et de l’esclavage. L’enjeu dépasse une seule toile : il touche à la manière dont l’histoire de l’art lit les images, les archives et les silences.

Relire Turner à l’ombre de l’esclavage
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Publié en 2026, Turner and the Slave Trade de Sam Smiles relance le débat autour de The Slave Ship (1840), longtemps associée au massacre du Zong. L’auteur, qui avait déjà co-curaté en 2014 l’exposition itinérante Late Turner: Painting Set Free au Tate, soutient que cette peinture ne renvoie probablement pas directement à cet événement, tout en montrant comment Turner a fait évoluer sa position éthique au fil du temps.

L’article rappelle aussi que la toile fut montrée pour la première fois à la Royal Academy en 1840 sous le titre Slavers Throwing overboard the Dead and the Dying–Typhoon Coming On. Ce qui frappe encore aujourd’hui, c’est la place donnée au corps : une jambe entravée, reléguée dans un angle, côtoie des poissons et des mouettes, comme si la violence humaine se dissolvait dans le paysage marin. Pour les artistes, cette tension entre sujet historique, composition et regard reste centrale.

Smiles s’intéresse également à un aspect moins connu de la biographie de Turner : un investissement de 1805 dans un consortium lié à une ferme jamaïcaine exploitée par une main-d’œuvre africaine asservie. Cette donnée déplace la lecture morale de l’artiste et rappelle que les œuvres de Turner circulent dans une histoire économique et coloniale plus vaste que leur seule réception muséale.

Pour les amateurs de peinture et de dessin, l’intérêt du livre tient aussi à sa méthode. Smiles évite les reproductions ou les formulations qui reconduiraient la violence raciste, et traite les archives avec prudence. Cette attention au langage et aux images invite à regarder Turner non comme une icône figée, mais comme un cas complexe où se croisent métier, responsabilité et mémoire visuelle.

Source : Hyperallergic