Anne Vallayer-Coster relue à travers le regard et le métier
Un nouveau livre de Kelsey Brosnan propose une relecture féministe d’Anne Vallayer-Coster, peintre française du XVIIIe siècle. L’ouvrage revient sur sa place à l’Académie royale, ses commanditaires et la variété de ses sujets, bien au-delà des seules fleurs.

Anne Vallayer-Coster (1744-1818) est souvent associée à ses bouquets, prisés par Marie-Antoinette puis Joséphine. Le livre de Kelsey Brosnan, publié dans la série Illuminating Women Artists de Lund Humphries, replace pourtant cette réputation dans une trajectoire plus large : celle d’une artiste admise à l’Académie royale de peinture et de sculpture à Paris en 1770, l’une des 16 femmes seulement reçues avant la Révolution.
Première monographie en anglais sur Vallayer-Coster depuis plus de vingt ans, l’ouvrage suit son parcours dans un marché de l’art très concurrentiel, des Salons où elle expose régulièrement de 1771 à 1817 jusqu’aux réseaux de cour et de pouvoir qui soutiennent sa carrière. Brosnan montre aussi comment l’artiste a négocié les attentes changeantes imposées aux femmes peintres, dans un contexte politique de plus en plus instable.
Au-delà des fleurs
L’intérêt du livre, pour les artistes comme pour les amateurs de dessin et de peinture, tient à son attention au faire. Brosnan lit les natures mortes, les allégories, les scènes de chasse, les coquillages ou les aliments comme autant de terrains où Vallayer-Coster travaille la matière, la surface et la lumière, avec des textures qui vont des pêches couvertes de mousse aux grappes translucides, des lièvres aux ventres duveteux aux coquillages lisses et rosés.
Cette approche éclaire aussi la place du regard féminin dans une culture visuelle dominée par des codes masculins. En reliant la facture des œuvres à des questions de goût, de science naturelle, de cuisine et de représentation, Brosnan fait apparaître une peintre qui ne se contente pas de peindre des objets : elle interroge ce que peindre veut dire, et comment une femme peut y prendre autorité.
Source : The Art Newspaper