Salman Toor à la Courtauld Gallery, entre sociabilité et tension
La Courtauld Gallery présente la première exposition personnelle en Europe de Salman Toor, visible jusqu’au 10 janvier 2027. Intitulée Someone Like You, elle réunit 19 peintures et un ensemble de dessins qui traversent sept années de travail.

Né à Lahore et installé à New York, Salman Toor arrive dans un lieu qui dialogue fortement avec sa peinture, puisque The Bar on 13th St (2019) répond à la Bar at the Folies-Bergère de Manet, également conservée à la Courtauld. L’exposition commence en 2019, année que la commissaire Elena Crippa décrit comme décisive, quand l’artiste a commencé à rendre plus explicitement son expérience personnelle et son identité queer.
Ses scènes de genre montrent souvent des hommes queer, bruns, saisis dans des moments de camaraderie, de déplacement ou de malaise. Dans Three Men in a Taxi (2021), le spectateur partage l’étroitesse de l’habitacle ; dans Man with Face Creams and Phone Plug (2019), le contrôle aux frontières devient une image de tension et de vulnérabilité ; dans Twilight Story (2023), le souvenir de Lahore mêle nostalgie et inquiétude.
Un pinceau qui s’éloigne du motif
L’intérêt de l’exposition tient aussi à la manière dont Toor fait évoluer sa peinture. Les formes se relâchent, les proportions se dérèglent, les figures deviennent parfois presque spectrales, comme dans The Joke (2024), où la scène d’un restaurant chic se fragmente sous l’effet du trait et de l’espace qui s’effondre.
Une salle entière est consacrée aux dessins, qui vont de l’esquisse préparatoire à des pages plus intimes, presque diaristiques. On y voit combien la précision du trait reste centrale chez Toor, même lorsqu’il s’autorise des compositions plus libres, comme dans la série des Fag Puddles, où des objets associés à son passé s’assemblent en équilibres instables.
Source : The Art Newspaper