American Gothic, de l’Iowa à l’icône mondiale
Un nouveau livre de Wanda Corn revient sur American Gothic de Grant Wood, peint en 1930, et sur la manière dont cette image s’est imposée dans la culture visuelle. L’enquête éclaire autant la composition que les malentendus, les reprises et les usages publics qui ont fait circuler l’œuvre bien au-delà du musée.

Grant Wood a peint American Gothic en 1930 : un homme et une femme raides devant une petite maison blanche, avec une fenêtre à l’allure gothique. L’historienne de l’art Wanda Corn consacre un livre à cette image devenue familière jusqu’à rejoindre, dans l’imaginaire collectif, des œuvres comme la Joconde ou Le Cri.
Corn, professeure émérite à Stanford, retrace aussi la fabrication du tableau. Les modèles étaient sa sœur, Nan Wood Graham, alors âgée de 30 ans, et le dentiste de l’artiste, Byron McKeeby, 62 ans ; Wood avait en tête un père et sa fille adulte, mais le public a très tôt lu le couple comme un mari et sa femme. Ce décalage entre intention et réception est au cœur du livre.
Une image relue, copiée, détournée
L’intérêt du sujet, pour les artistes comme pour les amateurs de dessin et de peinture, tient à la précision du regard. American Gothic montre comment un visage, une pose, un outil tenu à la verticale et une architecture modeste peuvent produire une image d’une grande force de présence, puis devenir un motif disponible pour d’innombrables réemplois.
Le livre insiste aussi sur la carrière publique de l’œuvre : longtemps écarté par l’histoire de l’art, Wood a été relu plus tard à travers des expositions, des reproductions et des détournements, jusqu’à des versions politiques ou pop. Corn y voit un cas exemplaire de la façon dont une peinture quitte son contexte pour entrer dans la mémoire visuelle commune, sans cesser d’être discutée pour ce qu’elle montre et pour ce qu’elle laisse croire.
Source : The Art Newspaper