À Tate Modern, Ana Mendieta remet le corps en dialogue avec la terre
Le Tate Modern consacre à Ana Mendieta une grande rétrospective qui met en avant ses Siluetas, ses vidéos tardives et ses sculptures rupestres. L’exposition montre comment son travail relie le corps féminin, les paysages et des lieux chargés d’histoire intime ou spirituelle.

À Londres, Tate Modern présente Ana Mendieta, une vaste exposition qui évite le parcours chronologique pour organiser les œuvres autour de lieux et de résonances symboliques : The Grove, The School ou The Sacred Grounds. Ce choix éclaire une pratique fondée sur le site, où chaque pièce se construit en réponse à un espace précis, qu’il soit personnel, écologique ou spirituel.
Les premières salles rappellent ce qui a rendu Mendieta si singulière : ses Siluetas, souvent réduites à une empreinte, une silhouette ou presque rien, visibles dans la boue, sur un talus asséché ou à travers quelques feuilles, fleurs et branches. Pour les artistes, ces images disent beaucoup du dessin sans crayon et de la forme pensée comme trace, disparition et contact direct avec le monde.
Du geste au paysage
L’exposition ouvre ensuite sur des œuvres plus tardives, dont son dernier film Ochún (1981) et des sculptures « rupestres » inspirées de l’art pariétal. Ici, les formes féminines ne viennent plus de l’empreinte du corps de l’artiste, mais de roches, de figures anciennes et de motifs préhistoriques, ce qui déplace l’attention vers l’invention de la forme à partir de la matière même du lieu.
Ce parcours permet de voir à quel point Mendieta travaille le regard : elle ne montre pas seulement un corps, elle fait sentir une présence fragile, inscrite dans l’environnement, et souvent menacée d’effacement. Pour les amateurs de peinture et de dessin, l’exposition est précieuse parce qu’elle rappelle qu’une image peut naître d’un geste simple, d’une surface, d’une trace, et qu’elle peut ouvrir une réflexion sur l’exil, la mémoire et l’origine.
Source : Hyperallergic