À Rome, un musée Mario Sironi sous le regard des historiens
Le projet de musée consacré à Mario Sironi, à Rome, suscite des réserves chez des historiens de l’art qui demandent qu’il ne gomme pas l’engagement fasciste du peintre. L’institution doit ouvrir l’an prochain dans un bâtiment de l’époque mussolinienne qui conserve déjà deux fresques de Sironi.

Annoncé par le gouvernement de Giorgia Meloni, le musée doit prendre place dans le siège de l’Associazione Nazionale fra Mutilati ed Invalidi di Guerra, un édifice monumental inauguré en 1928. Le lieu compte deux grandes fresques de Sironi peintes dix ans plus tard, dont l’une montre Mussolini à cheval.
Le futur parcours réunira 30 œuvres récemment acquises par le ministère italien de la culture auprès des archives Mario Sironi de Rome, parmi lesquelles des peintures, des dessins et des esquisses préparatoires. Quatre-vingt-dix autres œuvres seront prêtées par l’archive, pour un ensemble couvrant plus de quatre décennies, des années 1910 aux années 1950.
Pour les artistes et les amateurs de dessin, l’intérêt tient aussi à cette traversée des techniques et des usages du trait : Sironi passe du futurisme à des œuvres d’inspiration métaphysique, avant des commandes monumentales réalisées sous le régime fasciste. Le musée peut ainsi montrer comment une même main circule entre étude, illustration politique, peinture murale et composition de grande échelle.
Mais plusieurs voix demandent que le contexte soit explicite. Tomaso Montanari rappelle que, dans une république fondée sur l’antifascisme, le matériel pédagogique du musée doit écarter toute idée d’adhésion au fascisme, tandis que Fabio Benzi met en garde contre la légitimation d’une esthétique autoritaire sous couvert de redécouverte culturelle.
Source : The Art Newspaper