À Los Angeles, Gemini G.E.L. fête 60 ans d’expérimentation
Fondé en 1966, l’atelier d’estampe Gemini G.E.L. à Los Angeles est au cœur d’une exposition qui revient sur six décennies de gravure, de lithographie et de dialogue avec les artistes. L’accrochage montre comment ce lieu a servi d’espace d’essai, où l’image imprimée devient aussi un terrain de recherche matérielle.

Pour célébrer son 60e anniversaire, Gemini a confié à Susan Dackerman et Helen Molesworth le soin de parcourir ses archives pour l’exposition (Almost) Every Year: Sixty Years of Printmaking at Gemini G.E.L. Présentée à Los Angeles, elle suit presque chaque année d’activité du workshop et met surtout l’accent sur ce qui s’y joue entre l’artiste invité et l’équipe technique : une conversation, des ajustements, des écarts par rapport aux habitudes de travail.
L’histoire de Gemini commence avec des noms déjà essentiels de l’art du XXe siècle, de Josef Albers à Robert Rauschenberg, de Jasper Johns à Ellsworth Kelly, tout en donnant aussi une place aux artistes de Los Angeles comme David Hockney, Ed Ruscha, Ron Davis et Bruce Nauman. Le parcours rappelle également l’arrivée progressive de femmes artistes à partir des années 1980, avec Dorothea Rockburne et Vija Celmins, puis Susan Rothenberg et Elizabeth Murray.
Des œuvres qui déplacent la définition de l’estampe
L’intérêt de l’exposition tient beaucoup aux rapprochements qu’elle propose. Certaines pièces montrent des affinités de recherche, comme Stella et Kelly sur la forme et la couleur, ou Rauschenberg et Johns autour de l’image trouvée ; d’autres surprennent en bousculant les attentes, comme les palettes plus vives de Joel Shapiro et Richard Tuttle dans des abstractions sérigraphiées aux structures complexes.
Les œuvres les plus marquantes sont celles qui étendent la notion même de print. Oldenburg a moulé du polyuréthane pour donner en relief le profil d’une automobile, Johns a imprimé une ampoule sur du plomb, et Edward et Nancy Kienholz ont transformé des bidons d’essence en sculptures proches de téléviseurs. Plus récemment, Allen Ruppersberg a divisé en quatre parties un long rouleau de papier perforé pour piano mécanique, dans une pièce qui mêle souvenirs de chansons, écriture manuscrite et culture populaire américaine.
Source : Hyperallergic